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rss  Vol. XIX - Nº 341         Montreal, QC, Canadá - sexta-feira, 03 de Abril de 2020
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Chá Gorreana: fierté et optimisme dans la plus vieille fabrique de thé d'Europe

Jules Nadeau

Par Jules Nadeau

C’est presque un slogan, quelques mots souvent répétés dans les guides touristiques: «la plus ancienne fabrique de thé d'Europe encore en activité». Qui plus est, Chá Gorreana possède un lien historique direct avec des Chinois de Macao. Il n'en fallait pas plus pour que je me rende à Ribera Grande pour rencontrer la famille Mota.

À la plantation, le vert chatoyant du panorama est idyllique. Les théiers s»étirent en longs rouleaux étroitement serrés. En arrière-plan, l'azur de la mer. Une symétrie de jardiniers à inspirer les poètes. Des hortensias à profusion. «Nous sommes très contents. Les touristes sont plus nombreux et les affaires sont maintenant bonnes», me déclare madame Margarida Hintze-Mota dans un excellent anglais. En effet, un autobus Varela vient de déverser un contingent complet de touristes. Inquisiteurs, les uns examinent une vénérable machine anglaise marquée Marshall Sons & Co, tandis que les autres sirotent religieusement l’infusion millénaire.

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Margarida Hintze-Mota et sa fille aînée Sara gèrent l'entreprise de famille depuis la disparition récente de l’homme d'affaires Hermano Mota.
Foto Jules Nadeau - LusoPresse

Planifiée depuis plusieurs semaines, l'entrevue s’avère particulièrement sympathique. Sa fille, Sara Mota, me comble de plaisir en m'amenant dans l’intimité de la résidence ancestrale. Nous nous installons à une table carrée à tapis vert -- genre de table de mahjong chinois. L'intérieur possède d’ailleurs un cachet oriental capable de faire l'envie d’un antiquaire. «J'ai cinq enfants. Sara est mon aînée. J'ai quinze petits-enfants», poursuit Margarida Hintze-Mota en allumant une cigarette -- et en s'excusant. La sexagénaire est la veuve d’Hermano Mota, qui fut maire (presidente) de la camara de Ribeira Grande (Maia). Sur une table, une photo du couple montre la barbe blanche à la Hemingway du chef d'entreprise.

Deux Chinois de Macao

Selon que l’indispensable pluie se montre généreuse ou non, Chá Gorreana produit annuellement de 30 à 40 tonnes de thé. Les 14 employés à plein temps font la cueillette des précieuses feuilles d'avril à septembre. Sur une superficie de 42 he de terre volcanique, espace limité par l’exiguïté de l'île. (Le Jardin botanique de Montréal en fait 75.)

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Et Macao dans tout ça? Toujours aussi trépidante, en ajustant ses lunettes, Margarida Hintze-Mota enchaîne: «Deux Chinois sont venus ici en 1878 pour nous enseigner cette technique, parce qu'on ne savait pas comment faire. Vous avez dû voir la grande photo en entrant?» Sérieux comme un pape, l’honorable maître Lau-a-Pan arbore un éventail de mandarin. Plus petit et tout aussi monacal, son interprète Lau-a-Teng pose en subalterne docile. Jusque-là, il ne s'agissait que d’une plante décorative ou médicinale. En 1883, ce fut la fondation de Chá Gorreana par madame Hermelinda Pacheco Gago da Câmara, secondée par son fils José Honorato. La patronne n'élabore pas davantage sur le lien Açores-Chine: «Je ne suis jamais allée à Macao. C'est un rêve d'y aller!» avoue-t-elle en lançant un sourire du côté de sa grande fille.

Le grand visionnaire derrière ce tour de force «étranger» fut le féru de botanique, José Do Canto (1820-1898), «grand propriétaire açorien et homme de culture». L’admirateur de Camões se passionna pour le «transfert technologique» du thé. Sa ténacité et la mobilisation totale de la Sociedade Promotora de Agricultura Micaelense (SPAM) furent déterminantes. Au siècle dernier, il y a eu «plus de deux douzaines de producteurs» à cet endroit, dont un au nom de l'entrepreneur José Bensaúde. Cultiver les arbustes importés du Brésil (vraisemblablement au début du 19e siècle) représentait un défi énorme pour les insulaires. Une histoire qui en dit long sur leur esprit d’entreprise.

Deux firmes de cinq générations

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Mon épouse chinoise provient d'une vieille famille de Hong Kong engagée depuis cinq générations dans le commerce d’un réputé thé médicinal appelé Wong Lo Kut (Wang Lao Ji). L'histoire des cinq générations des Mota m’intéresse donc autant que le séchage et la fermentation des feuilles du camellia sinensis. «Mon mari était bon en affaires, tandis que moi, c'est la cuisine et les jeunes », ironise-t-elle d'une voix rauque au sujet de la personnalité en vue qui a marqué les destinées de la vila (ville) de la côte septentrionale. Margarida et Hermano se sont mariés le 29 décembre 1966 et le propriétaire de 72 ans est décédé le 23 novembre 2013. Les cinq descendants vont-ils poursuivre le développement de l’entreprise?

Chá Gorreana commercialise cinq emballages: vert Hysson, noir, orange pekoe, feuilles brisées et, sur demande, du oolong (wulong ou dragon noir). «Dans les années 50, le thé du Mozambique été favorisé à nos dépens. Puis la révolution des Oeillets de 1974 ne nous a pas aidés du tout. Mais dans les années 80, Dieu merci, plusieurs revues ont commencé à écrire que le thé vert était bon pour la santé. Les exportations vers le continent, ainsi que des pays comme la France et l'Allemagne, ont donc bondi», spécifie la sexagénaire en martelant ces termes magiques: «le même procédé de fabrication artisanale... des produits totalement absents d'insecticides, de fongicides, d'herbicides de colorants et d'agents de conservation».

Le thé dans le monde

Cette incursion dans le terroir exotique me rappelle mes premiers pèlerinages dans les plantations de Muzha à Taiwan (Formosa, autrefois en portugais). Puis, dans la belle région de Hangzhou (Zhejiang) pour les arômes du Puits du dragon. Sans oublier une visite au célèbre restaurant Lu Yu à Hong Kong du nom de l'auteur du Classique du thé (Cha Jing). L’art de voyager par les arômes à travers les siècles et les continents. Madame Hintze-Mota ajoute une note personnelle: «J'aime beaucoup le chai, le thé fort à l'indienne avec des épices: gingembre, cannelle, cardamome, du sucre et un peu de lait. De temps en temps. C'est différent. Pas tous les jours. J'aime!»

Le Portugal, pays du thé? À tout seigneur tout honneur, rappelons que le jésuite Jasper de Cruz fut le premier explorateur à disserter sur le thé, en 1560, dans une lettre au souverain du Portugal. Appelé dès lors cha, le terme chinois sera retenu jusqu'à nos jours. (L’autre terme, te ou thea, autre dialecte, s'explique par les importations émanant du Fujian.) Étonnamment, avant ce religieux, Marco Polo n’en avait pas parlé dans son fabuleux Devisement du monde (malgré son séjour à Hangzhou). Les premières mentions de la potion magique remontent à l'an 2 700 avant notre ère, à l»époque du légendaire empereur-agriculteur Shen Nong.

Au 16e siècle, de son comptoir commercial de Macao, les caravelles portugaises en acheminent les premiers ballots vers l'élite de Lisbonne. Au siècle suivant, la jeune princesse Catherine de Bragance convole en justes noces avec Charles II et vante les feuilles de thé (et la marmelade) à la royauté anglaise. Par la route maritime des Indes, les marchands hollandais et anglais en importent de pleines cales. Les Français et leurs voisins d’outre-Rhin en boivent. Les Russes s'en procurent par les voies terrestres. Mais au fil du temps, les Britanniques demeurent ceux qui adoptent le thé avec le plus d’enthousiasme. Les Irlandais en tête. Après l'eau et loin devant le café, c’est maintenant la boisson la plus consommée dans le monde. Mais toujours sans aucune fabrique en Europe.

Chá Porto Formoso

Dans la boutique-cadeau pleine de visiteurs -- 300 par jour -- Sara Mota et sa cadette Madalena se joignent aux représentants de LusoPresse. Je suggère du thé vert pour notre trio de journalistes. Tout aussi sympathique, Madalena nous raconte son voyage à Toronto. Gorreana est une telle institution que même des Canado-Açoriens en possèdent des témoignages. À Montréal, Armando Arruda m'a rapporté que son père y a jadis travaillé: «Puisqu'il savait lire et écrire, il comptabilisait le rendement de chacun», selon l’homme d'Água de Pau. Un retraité de Gatineau, M. Pacheco, y a été employé neuf ans pendant ses jeunes années. Le natif de Maia me parle avec admiration de la grand-maman Mota, «nonagénaire et en pleine forme». Je regrette de ne pas l’avoir rencontrée.

Pour ajouter à notre reportage, près de Gorreana, nous faisons un saut rapide à Porto Formoso pour examiner la seule autre fabrique de thé de São Miguel. Active pendant un siècle et demi, puis abandonnée, la compagnie a été relancée en 2001. Chá Porto Formoso ne produit annuellement que de 12 à 14 tonnes sur une superficie huit fois plus petite que celle de Gorreana. Consommation locale seulement; pas d'exportation. Nous dégustons avec plaisir une tasse de la meilleure sorte offerte, non pas du thé vert, mais de l’orange pekoe. «Produzido e embalado por Pacheco e Mendonça Lda. Totalmente isento de aditivos.» Là aussi les prix sont modestes. La petite firme ressuscitée fait aussi fonction de musée avec, là aussi, un intéressant étalage d'antiquités anglaises.

Une aventure bien documentée

Rien ne remplace une enquête-terrain, mais les recherches subséquentes nous font découvrir une formidable aventure socio-économique. Un hommage à la «créativité, l'audace et la détermination» de la SPAM et des entrepreneurs de l»époque. En 2012, pour une exposition sur la culture du thé au Musée Carlos Machado, un magnifique catalogue illustré a été colligé par une équipe de chercheurs. Grâce à la copie aimablement expédiée par le commissaire Pedro Pascoal, de l'Institut Cultural de Ponta Delgada, nous y trouvons les principaux éléments historiques. L’exposition a comblé un vide laissé par l'ephémère musée du thé constitué par D. Maria Mota qui n’a malheureusement pas survécu.

Impossible de donner ici le crédit à tous ceux qui ont tant divulgué à partir des documents existants, comme ceux de la SPAM. Mêmes les journaux locaux -- Açoriano Oriental et A Persuasão -- nous fournissent d'amusants détails sur les deux Chinois arrivés le 5 mars 1878 à bord du navire Luso. Très bien payé selon les termes de son contrat, le maître du thé, un «homme enjoué» (homem folgazão) portait une queue mandchoue de plus d’un mètre, et son interprète anglophone se faisait aussi appeler Antonio. En revanche, que sait-on des archives de Macao? Des archives familiales comme celles des Bensaúde? Enfin, je me demande si les autres cultures -- tabac, oranges et ananas -- ont fait l'objet de recherches aussi fascinantes. Pour mieux comprendre les Açores.

Açores
C’est presque un slogan, quelques mots souvent répétés dans les guides touristiques: «la plus ancienne fabrique de thé d'Europe encore en activité». Qui plus est, Chá Gorreana possède un lien historique direct avec des Chinois de Macao. Il n'en fallait pas plus pour que je me rende à Ribera Grande pour rencontrer la famille Mota.
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