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rss  Vol. XIX - Nº 324         Montreal, QC, Canadá - segunda-feira, 21 de Setembro de 2020
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L'accueillant café de l’ami Tomáš à Denver

Au Zuri, les amis d'abord avant les ordis!

Jules Nadeau

Texte et photo de Jules Nadeau

À chacune de mes expéditions à Denver, je cultive mes petites habitudes et je m’incruste dans un nombre croissant de repaires. Dans le quartier de Highland, mon avenue préférée c'est la 32e. Même style, même ambiance que la rue Fleury (près de l’avenue Christophe-Colomb) à Montréal où j'aime bien me détendre et écrire -- en particulier au café Le Gourmet.

Chez les Américains, j’avais pris l'habitude d’aller pianoter sur mon portable au Common Ground, un vieux local aux planchers de bois usés et craquants avec des amateurs de caféine portant la tuque de laine -- même en juillet. Après sa brusque fermeture, j'ai dû migrer quelques portes plus loin vers le petit café Zuri. Seulement cinq tables. Portables strictement interdits. L’oeil sévère et perçant du patron quadragénaire à la tête rasée.

Mais son café est savoureux (comme au Gourmet). Et, valeur ajoutée, comme pour sucrer le noir liquide brûlant, le New York Times et le Wall Street Journal sont offerts gratuitement aux clients du quartier. (Pas le Denver Post, unique journal local, vraiment sans intérêt.) Particularité: on n'entre pas au Zuri pour taper sur son Mac. Le Zuri c’est d'abord et avant tout pour les amis!

Un Tchèque de Prague

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Tomáš Vojtek, sa femme Marianne et la petite Dominique receoisve des gens de partout dans le petit café «Zuri» (comme Zurich, en Suíça). Le café de Denver est superfamlier et ultracosmopolite.

Je prends la carte d’affaires orange du proprio. «Vojtek, votre nom est slave? Europe de l'Est?» L'homme en tee-shirt semble content de casser la glace avec encore un client de plus. «Je suis tchèque. Mon prénom Tomáš se prononce tomache.» (Tiens! comme en portugais.) «Et vous? d'enchaîner l'homme de 47 ans à l'air décontracté -- dont l'anglais accuse très peu de traces d'accent européen. Jules? C'est le prénom de mon auteur préféré Jules Verne. Vingt mille lieues sous les mers.»

À la recherche d’un bon sujet d'article pour LusoPresse, j’avais pensé à la possibilité d'écrire sur l’assermentation du gouverneur du Colorado. Une cérémonie très officielle à l'américaine pour John Hickenlooper sur les marches de l’historique Capitole. Une matinée glaciale où nous étions tous couverts comme des pots de miel. Mais je préfère changer de sujet. «J'aimerais mieux tracer votre portrait et parler de la 32e avenue. Les amateurs portugais de café não amargo vont mieux s'identifier à vous qu'à un politicien. Même si ce géologue d'obédience démocrate jouit d'une bonne réputation», lui avouai-je.

«La femme de Hickenlooper vient ici de temps en temps, enchaîne aussitôt Tomáš Vojtek qui vient s'asseoir à ma petite table (marquée du logo d'un ordi barré en rouge, comme pour l'interdiction de fumer). Duey Kratzer, le distributeur de vin de Mondo Vino, et sa soeur Lisa, viennent aussi. Je connais bien Lois Harvey, la libraire de Westside Books... Avant ça, les clients venaient chez moi pour se concentrer sur leur Mac, mais un jour j'ai décidé qu'ils allaient entrer à Zuri pour se parler. Ça a tout changé!» sourit-il avant d'en donner l’exemple qui suit.

«L'autre jour, ma voisine, une avocate, pelletait mon entrée. Un policier est entré et m'a demandé une pelle. Une femme d'une quarantaine d'années qui attendait l'heure d'un rendez-vous pas loin m'a donc demandé: mais qu'est-ce qui se passe ici? Comme si c'était une affaire de famille», de me relater fièrement l'ami Tomáš qui résume bien le style de la 32e et de la promenade Fleury.

Mes souvenirs de 1968

Tomáš a déjà fait de la pige pour la revue de motos intitulée Motoráj (en République tchèque) et il répond volontiers à toutes mes interrogations. Personnellement, j’entretiens un lien politique presque sentimental avec les Tchèques et les Slovaques. En août 1968, je me trouvais à Prague lorsque les Soviétiques ont brutalement étouffé le «socialisme à visage humain de Dubcek». Plus récemment, j'ai raconté dans les pages de LusoPresse ma rencontre chaleureuse avec l’ex-vedette de hockey Marian Stastny à son club de golf à Lévis. Son neveu a récemment joué pour l'Avalanche de Denver.

 

«Quand les Russes sont arrivés à Prague, j'avais seulement huit mois. Je suis né à Radotin, maintenant fusionné avec la capitale. En 1987, sous l'influence de mon paternel qui avait raté sa fuite du pays, j'ai déclaré aux autorités que j'allais en vacances et je ne suis pas revenu avant 1990. Après la chute du communisme. C'était le rêve d'aller voir ailleurs. Mon père Ludvik m'avait pratiquement lavé le cerveau en me parlant de l'autre côté du Rideau de fer: l'Allemagne et surtout les États-Unis.

Le jeune Tomáš a appris le russe pendant douze ans à l'école. L'allemand aussi. C'est donc en Allemagne de l'Ouest (quatre ans avant la chute du mur de Berlin) qu'il travaille dans une usine pour s'acclimater au capitalisme. Puis le grand saut en 1991 vers le pays de l'Oncle Sam. D'abord brièvement à New York et à San Francisco. Puis à Chicago où des compatriotes qui devaient prendre son père sous leur protection à l'automne de 1968 aident son fils Tomáš. Pendant trois ans, le travail de peintre et de menuisier lui assure le pain et le beurre. Un régime simple parce qu'il ne roule pas sur l'or.

La solidarité entre immigrants? L'homme de Bohême s'anime et s'assombrit en parlant de ses expériences avec ses camarades tchèques. Jaloux, les anciens exploitent les nouveaux. «Je ne veux plus rien savoir d'eux!» m’affirme-t-il sans aucune hésitation. Je me demande si c'est le même phénomène dans toutes les communautés.

Mieux respecté au Colorado

De l’Illinois, Tomáš entreprend une correspondance intime avec une personne du sexe opposé à Denver. Peu après, il lui annonce: «Je m'en viens pour de bon.» Réplique rapide: «Faut qu'on parle», venant de la demoiselle désireuse de tchéquer l'avance amoureuse.

L’accueil au Colorado s'avère quand même chaleureux. Dans la ville des Vents, «un Tchèque c'est synonyme de cheap labor. Ils sont 60 000 à se faire compétition dans la plus grande communauté tchèque aux USA. Ici, au contraire, quand je dis d'où je viens ça suscite l'admiration. Wow, Prague c'est cool!»

Je pousse le bouchon un peu plus loin. Et votre femme Marianne ici? Et la jolie petite Dominique de deux ans qui gambade comme elle peut dans le local de 500 pieds carrés? Comment c’est arrivé?

«À Boulder, je connaissais une amie allemande de la famille qui m'a demandé de photographier sa belle maison de type Bauhaus. Un bon jour, la sexagénaire m'a demandé d'accueillir une Suissesse venue là en villégiature. Vous devinez la suite. Cupidon nous a joué un bon tour et nous avons décidé de vivre ensemble. Marianne a quitté son père suisse, sa mère allemande ainsi que son travail à Ravensburg pour venir s'installer à l'ombre des Rocheuses. La cigogne nous a amené notre bébé en août 2012. Je parle à Dominique en tchèque et elle lui parle en allemand -- en dialecte souabe.» Bref, déjà trilingue -- sans la loi 101. Peut-être aussi l'espagnol plus tard pour devenir une petite Américaine polyglotte.

La spéculation va bon train

Avant que notre courte entrevue nous mène à une biographie complète, je cherche à faire une comparaison avec notre rue promenade d’Ahuntsic. «La 32e avenue risque de changer rapidement. Les promoteurs et les propriétaires veulent s'en mettre plein les poches dans un quartier attrayant situé dans une ville en pleine croissance. Exemple, le populaire Common Ground a été obligé de déménager ses pénates parce qu'on a doublé son loyer mensuel de 5 000 à 10 000 dollars. Le restaurant voisin Heidi a dû fermer à cause de la même arnaque. J'espère que la libraire Lois Harvey pourra tenir le coup. (Vérification faite, notre amie n'a rien à craindre de son frère qui est propriétaire le local.)

«Moi au 3718 West, je suis encore bon pour trois ans. Après...? Duey Kratzer, lui, n'a rien à craindre parce les Denverites viennent de partout pour ses alcools haut de gamme.» Dont ses portos portugais. (Autre vérification: il me montre une demi-bouteille de Kopke Colheita de 1947 qu'il vendra pour 275 dollars US.)

L’animateur social Tomáš veut que tout le monde se connaisse. Au fil des jours, il me présente à ses vieux clients. Un couple de la 136e avenue (vraiment pas à la porte) se porte volontaire pour venir garder Dominique les samedis et dimanches. Carter, un Yankee pur sucre, dont les ancêtres vivent en Amérique depuis 1634 (bien avant le premier Nadeau arrivé en 1660) me pose des tas de questions sur le Québec et ce que je fabrique de bon aux États-Unis. Tantôt c'est Karl l’Autrichien ou Jason dont la tendre moitié a étudié à Paris.

Tous à Prague le même jour

La rencontre la plus inattendue survient alors que j'examine (en solitaire) l»épais passeport américain bien rempli d'un antiquaire arménien de Denver. «Vous avez beaucoup voyagé?», me lance-t-on familièrement en passant à côté de moi. Un des bienveillants curieux s’installe à la table voisine avec une excellente pâtisserie (d'une boulangerie française de Denver). En casquette, Sean Ugrin, une quarantaine d’années, me révèle l'essentiel sur sa famille. «Mon père Imre a été un héroïque résistant du soulèvement des Hongrois contre les Soviétiques en octobre 1956.» Je ne peux m’empêcher de lui mentionner que je suis passé brièvement par Budapest pendant l'été 1968.

Entre deux gorgées de café, Sean Ugrin réagit avec une certaine animation. «1968? Vous étiez là?...» Quelques phrases plus tard, on se rend compte que lui et moi, nous nous sommes trouvés à Prague le même jour, le 20 août 1968, au moment de l’invasion russe. Sean n'avait alors que 14 mois. Son paternel magyar a failli y laisser sa peau lorsque la police tchécoslovaque a rudement interrogé l»«ennemi du peuple» et menacé de l'incarcérer. «Son passeport néo-zélandais et son épouse de ce pays lui ont sauvé la vie», de m’expliquer Sean qui habite à deux rues de la maison de ma fille. Pour être plus complet, en fait, Tomáš, Sean et moi, tous les trois, nous nous sommes trouvés dans la ville de Kafka, le même jour, il y a presque un demi-siècle.

Par ailleurs, puisque l'homme de la fière Bohême connaît tout le monde à Highland, je lui demande s’il ne connaît pas au moins un Arménien ou un Portugais. Négatif dans le premier cas, mais positif dans le second. «Oui, j'en connais un qui vient ici régulièrement. Un vrai Portugais qui aime le soccer. Je lui demanderai de te contacter.» De fait, quelques jours plus tard, je reçois un courriel d'un certain Jason Almeida, originaire de São Miguel. Exactement ce que nous cherchons (le rédacteur Norberto Aguiar et moi), depuis quelques années pour expliquer qui ont été les organisateurs de la fête du Saint-Esprit à Denver.

Malheureusement, au moment de faire traduire ces lignes, le monsieur Almeida n’a pas jamais donné suite à ma première réponse électronique. Ni à mes messages sur son cellulaire. Morale de l'histoire, il est plus facile de rencontrer un fils de Tchèque ou un fils de Hongrois au Colorado qui se sont trouvés à Prague comme un simple Québécois y’a un demi-siècle qu'un honorable Almeida des archipels.

(Dernière vérification faite, l’avocate voisine du Zuri, et son mari, qui apportent les deux journaux au petit café chaque matin, sont de souche québécoise -- nommés Piché et Vincelette. Et la cerise sur le gâteau: la nouvelle employée que Tomáš vient tout juste d'engager est la fille d’un aviateur américain et elle est née aux Açores. Un petit monde?)

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Reportagem
À chacune de mes expéditions à Denver, je cultive mes petites habitudes et je m’incruste dans un nombre croissant de repaires. Dans le quartier de Highland, mon avenue préférée c'est la 32e. Même style, même ambiance que la rue Fleury (près de l’avenue Christophe-Colomb) à Montréal où j'aime bien me détendre et écrire -- en particulier au café Le Gourmet.
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