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rss  Vol. XVIII - Nº 316         Montreal, QC, Canadá - sábado, 11 de Julho de 2020
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«The Soccer Diaries» de Michael Agovino

Comment le soccer est devenu en 30 ans un sport adulte aux États-Unis

Jules Nadeau

Par Jules Nadeau

S'agit-il de l’autobiographie d'un mordu du soccer? D’une thèse en anthropologie sportive? D'un livre d’humour à l'américaine? D’une petite bible pour non-initiés? D'un recueil de nouvelles? À bien y penser, tout cela en même temps. Merveilleusement bien écrit avec un vocabulaire fantaisiste. La plume d’un maître touchant également au cinéma, aux arts et à la Wurste mit Senf (saucisse avec moutarde). Un trois cents pages à savourer à petites gorgées pendant une fin de semaine d'automne.

Le New-Yorkais Michael J. Agovino réussit un tour de force en classant tous ses souvenirs du ballon rond en une centaine de textes. Plus exactement, sous la forme d’un journal intime débutant en août 1982 lorsque son père Hugo l'a «accidentellement» plongé dans son premier match. Alors adolescent d’une quinzaine d'années. Un match FIFA-UNICEF au stade des Giants de New York (New Jersey). Comme Obélix est tombé dans la potion, il est tombé dans la marmite du soccer sans jamais en ressortir.

Observateur méticuleux

Avec ferveur, l’homme du Bronx fait l'historique du «cousin pauvre du football» qui a obtenu ses lettres de noblesse chez lui au cours des trois dernières décennies. Son évolution et comment ce fut perçu. À partir du moment où les parties n»étaient diffusées aux États-Unis que sur le câble et qu'en espagnol. Malgré sa popularité déjà nettement planétaire. Sport négligé jusqu’en 1994, «l'année zéro», lorsque le Mondial s'est tenu dans son pays. Pour l’auteur (quand même pas intégriste), c'est une cause noble. Presque une religion qui organise une partie de sa vie, ses amis et ses voyages. «J'aime le soccer. J'aime écrire», lance le journaliste adorateur.

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Michael Agovino - photo cortesie du auteur.

Pour pouvoir remonter jusqu’en 1982, ou bien Michael Agovino possède une mémoire d'éléphant ou bien il remplit ses carnets de notes d’heure en heure parce que son opus fourmille de détails. Hallucinant! Son sens de l'observation me fait penser au Suédois Henning Mankell ou au Franco-Américain Paul Théroux: rien ne leur échappe. «The Soccer Diaries, An American's Thirty-Year Pursuit of the International Game» s’adresse quand même à un grand public.

Michael Agovino s'intéresse à tout ce qui touche de près et de loin à cette activité humaine. Évidemment les grandes vedettes comme Sócrates, Pelé, Eusébio, Maradona, Zidane et Messi (pas nécessairement dans l’ordre). Mais aussi la couleur des jerseys et des écharpes, les documentaires, les publications spécialisées, les bars pour initiés, les posters historiques des World Cups et tout le saint-frusquin liturgiques. Tout comme les nouveaux stades ci et là. Quand il est venu à Montréal en 1980, il s'est fait guider dans notre Stade Olympique.

Le reflet de la vie

Avec le temps, sa profession de foi prend forme? [Je suis] «venu au soccer par pure chance, une curiosité illimitée, et le sens d'une fraternité populiste internationale, de type underground, explique-t-il. Je suis tombé amoureux du spectacle (le match d'ouverture de 1982); le rituel (les uniformes d'équipes nationales imitant les drapeaux), l'échange des écussons, les photos d'équipes, les célébrations à chaque but...» Il poursuit: «Le soccer reflète la vie, selon moi, plus que n'importe quel autre sport. [C'est] probablement la plus universelle de toutes les langues.» Malheureusement pas grand chose sur le Portugal sauf sur le Benfica qui fut «jadis un grand club» (comme l’Ajax des Pays-Bas et l'Étoile rouge de Belgrade) et quelques mentions secondaires au sujet de Cristiano Ronaldo. Rien sur notre ami Pauleta.

Encore jeunet, confronté à des clubs aux noms exotiques comme le Cameroun, l’Atlas Britannica en main, il se documente en géographie. (Si bien qu'un joueur nigérian sera plus tard aussi identifié par le nom de son ethnie, un Ibo -- comme les fameuses sculptures.) Plus tard, comme complément à son américanité, il nous transporte dans quelques grands centres européens comme Zurich, Rome, Londres et Munich. Bref, dans une planète de sept pays sur deux continents, il ratisse large pour satisfaire son immense curiosité. À Londres, en aparté, il nous amène à l»énigmatique parc Maryon que Michelangelo Antonioni a filmé dans son mémorable Blow-Up (1966).

Maintenant quarantenaire, Agovino est un vétéran en la matière. Grand nomade peu attiré par un poste stationnaire dans un magazine, le pro fait de la pige un peu partout. Il a déjà écrit pour le prestigieux New York Times, Esquire et un certain nombre de publications spécialisées. Il affirme avoir impressionné plusieurs spécialistes par son érudition ce qui est sûrement vrai. Ses reportages et ses analyses tiennent parfois de l'acrobatie. Dans un cas exceptionnel, l’exception qui confirme la règle, il raconte avec humour comment il n'a pas pu venir à bout d’une assignation sur un Coréen du Sud et un Coréen du Nord à l'emploi du FC Bâle. Un Park versus un Pak. Drôle à mourir!

Il y a même de l»émotion dans les trois cents pages. Agovino y fait intervenir sa soeur, la Mama et le Papa Hugo dont les gènes italiens expliquent le penchant du fils pour le club Roma. Le livre commence avec l'initiation du jeune et se termine par le décès du père en mars 2012 (jour de l’anniversaire du fils). «J'ai commencé à pleurer», avoue l'auteur. La dédicace va à sa soeur Adria. Les relations avec Andrea, son amie de coeur (moins contaminée par ce sport), et ses autres copains (tous plus contaminés par la chose) témoignent de l»être sensible qu'est Michael.

Politiquement correct

Notre homme est politiquement correct, peut-on dire sans ambiguïté. Il dit avoir vite aimé le soccer parce que c’est un «sport du Tiers monde, des gens pauvres. Pour ça, j'aimais encore plus.» Il a qualifié d'erreur l»«invasion de l'Irak... qui n'avait rien à faire avec le 9/11». Il se moque du shah d'Iran -- qui ne méritait rien de moins qu’une «révolution». Honnête et impartial, il n'hésite pas à souligner le problème de la violence au soccer et des bandes de hooligans.

Dans chaque page du journal, il faut surveiller le punch. Souvent sublimes car tellement cocasses: par exemple, celui de la classe ouvrière qu’il éclabousse de sa plume lorsqu'il se fait lui-même éclabousser à un arrêt de tramway. Ailleurs, une immense chambre d’hôtel à Marbella, en Espagne, où la salle de bain était presque aussi grande que son appartement de New York. Puis, s'ajoute l’autodérision avec la taille de son nez (pourtant pas évident sur ses photos). Quelques mots italiens vulgaires à l'endroit du club de Bâle: «Basile, Basile, va fanculo!» Et le langage ordurier sicilien que sa mère comprenait parfaitement bien sans jamais rien en traduire.

Quelques bémols? (Sorry, Michael!) Je ne comprends pas que la couverture du livre soit monochrome verte-verte-verte, comme un parterre d»épinards mûrs, alors que tant de photos-chocs pourraient avantageusement illustrer le titre. Est-ce le choix des Presses de l'Université du Nebraska? À l’intérieur, quelques bonnes images auraient agrémenté le texte. Et un index -- dont les livres américains sont si bien dotés -- aiderait le néophyte (comme moi) désireux de se servir du livre comme ouvrage de référence. Mais ce ne sont pas de gros reproches dans les trois cas.

Enfin, d'un autre auteur, la définition qui dit tout. «Le soccer est un jeu simple. Vingt-deux hommes courent après un ballon pendant quatre-vingt-dix minutes et à la fin, ce sont toujours les Allemands qui gagnent».

Crónica
S'agit-il de l’autobiographie d'un mordu du soccer? D’une thèse en anthropologie sportive? D'un livre d’humour à l'américaine? D’une petite bible pour non-initiés? D'un recueil de nouvelles? À bien y penser, tout cela en même temps. Merveilleusement bien écrit avec un vocabulaire fantaisiste. La plume d’un maître touchant également au cinéma, aux arts et à la Wurste mit Senf (saucisse avec moutarde). Un trois cents pages à savourer à petites gorgées pendant une fin de semaine d'automne.
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