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rss  Vol. XVII - Nº 299         Montreal, QC, Canadá - quinta-feira, 28 de Maio de 2020
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Petit-fils de soldat portugais de Moncorvo

L'ensemblier-décorateur Claude de Gouveia veut meubler le monde

Jules Nadeau

Par Jules Nadeau

Si vous montez pedibus sur le boulevard Saint-Laurent (en approchant Saint-Viateur), vous apercevrez, à la porte du magasin Olam, le nom Claude de Gouveia. Patronyme purement portugais! Un onctueux espresso vous y attend: não amargo! Mais surtout des meubles de toutes couleurs. «Olam, décoration intérieure.»

Génial le concept «café + décoration intérieure». Fallait y penser. «Je ne voulais pas passer des journées complètes sans voir entrer un seul client. Là, y'a toujours du monde. Et je suis passionné de cuisine. J'ai fait une carte de tartines et de salades. Simple, mais très convivial», philosophe l’accueillant patron à une des solides tables de bois où placotent quelques convives. Dans la lumière généreuse du midi. Le potage pois-carotte-choriço passe bien le test. La tartine de saumon avec fromage blanc prolonge le plaisir du palais et des yeux. Salade à l'huile d’olive (sans vinaigre). D'honnêtes pastéis de nata. Le café est un mélange fait sur mesure de marque Brossard. Musique en sourdine.

Longue expérience

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Foto Jules Nadeau - LusoPresse

Le magasin est spacieux. Grande surface de plancher. Trois employés. L’ensemblier-décorateur de plus de 20 ans d'expérience me décrit l’essentiel de son métier et de son commerce. «On recycle beaucoup avec des artisans québécois. Important de le préciser. J'ai toujours travaillé avec des artisans. Ça permet de faire de la création... d'être à l'écoute du client.» Les réalisations d'Olam? La grande salle VIP du casino du Mont-Tremblant. Le restaurant Richmond de la rue Notre-Dame. L’auberge Saint-Gabriel. Le hall d'entrée et des chambres de l’hôtel De La Montagne. Du rustique modernisé. Style gustavien.

Pourquoi Olam? «Lu à l'envers, c'est Malo comme Saint-Malo pour les premiers Français venus ici. Pour Jacques Cartier. Le Québec. En hébreu, ça signifie l'univers. On a l'ambition de meubler le monde», plaisante modestement le patron. (J'y trouve même l’amical olá portugais.) Pour la photo de LusoPresse, le sexagénaire à la riche chevelure grise endosse son élégante veste de cuir brun. Puis, son foulard aux lignes rouges à double tour autour du cou. En accentuant son côté artiste décontracté.

Diplômé des Beaux Arts à l'excellente école de Casablanca, puis à celles de Rouen et de Beauvais, Claude de Gouveia meuble vite son CV. À 22 ans, après le service militaire, il fait du porte-à-porte pour des mixeurs d’une société allemande «très rigoureuse» qui savait encadrer. «C'était drôle. Ça m'a dégrossi commercialement.» Puis il est entré dans le meuble dans une grande société: du haut de gamme, des cuisines intégrées pour une clientèle en moyens. À l'âge de 27 ans, avec un ami à Beauvais, il lance sa première compagnie en aménagement d’espaces.

Capable de rebâtir?

Le décorateur de Casablanca a décidé d'immigrer au «Québec francophone» il y a seulement huit ans. Dans le sillage de son fils ostéopathe et d’amis d'enfance de 30 ans. En partie pour la langue, mais davantage pour relever un défi, insiste-t-il. «En France, quand j'ai voulu monter ce projet, on m'a dit que j'étais trop vieux. Que j'avais pas assez d'argent. C'est dur hein?» (Longue pause.)

À 55 ans, en vue de lancer Olam, Claude de Gouveia vend sa maison pour se faire un petit capital. Il quitte la France avec sa femme Isabelle Baillière (authentique Parisienne) et ses filles. Il s’associe avec Charles Abitbol, copain d'enfance de Casa qui lui avait promis: «Je suis prêt à investir avec toi». L’idée de relever un défi lui fut incontournable. «J'avais envie de savoir si j'étais capable de rebâtir.»

«Dans ma vie, pays de partage, le Maroc fut un très beau passage. Dans mon métier, j'ai été imprégné de ses couleurs chaudes exceptionnelles. Terre rouge. Argile. Fleur d'oranger. Parfums. Je suis né à Casablanca au bord de la mer. J'aime le bleu de la mer qui me repose. Des fois, ça me manque un peu ici», énumère le «créateur d'espace» pour évoquer sa terre d'origine.

La France c’est ton pays?

Sa mère était de confession juive. Son père, directeur d'un centre d’hygiène, formait de jeunes cadres dans ce service public. En 1955, le Maroc indépendant renverse la pratique. Désormais: priorité aux Marocains! À cause de l'irremplaçable travail d’infirmier du paternel, la famille persiste quand même dans le royaume chérifien jusqu'en 1963. Mais, fallait s’y attendre: «Comme les Portugais en Angola, un jour, on nous a dit: allez hop!» laisse tomber l'entrepreneur.

Valises à la main, les adieux à la Ville blanche sont ordonnés. Mais l’accueil de l'autre côté de la Méditerranée n’est pas facile. Mauvais timing, les nombreux Pieds-noirs viennent de réintégrer l'Hexagone après la sale guerre d’Algérie. «C'était la galère!» Le jeune Claude de 13 ans aboutit d'abord à Pau (Pyrénées) avec ses parents, ses deux frères et ses deux soeurs. Puis, direction Pas-de-Calais où vit la grand-mère paternelle -- veuve d’un Portugais.

Sans insister sur les avantages et les misères de ses racines doubles, l'homme d’affaires en rappelle un côté dérangeant. «Au Maroc, on me disait que la France c'était la mère patrie, c'est ton pays. En France on me disait: qu'est-ce que tu viens faire ici? À 13 ans, je ne comprenais pas...» Tout ça ne semble pas l'avoir traumatisé, mais l’a quand même encouragé à remettre les compteurs à zéro. Sur le nouveau continent. «J'sais pas si les gens se rendent compte... quelqu'un qui immigre... tous les efforts que ça demande quand on est immigrant.»

À ma dernière question, Claude répond: «Jamais! Chaque fois que j'ai essayé d'aller au Portugal, y'a toujours eu quelque chose. Un barrage! Par contre, je suis allé à Macao pendant trois heures.»

(www.olaminterieur.com)

 

Claude de Gouveia

Recherche son grand-père portugais

Seul dans sa famille à s'y intéresser, Claude de Gouveia rêve de retrouver la trace de son grand-père. Portugais mort en France pendant la Grande Guerre. «Je suis passionné par cette recherche», m’avoue-t-il, en expliquant que sa grand-mère et son père lui en ont dit très peu sur le jeune monsieur qu'il qualifie de «beau mec». Un beau mystère!

Les faits réunis se résument en peu de mots. Né dans la ville/vila minière de Torre de Moncorvo (distrito de Bragança) en 1899, le jeune soldat José Maria de Gouveia Ferreira serait mort sur le champ d’honneur en sol français pendant la Première Guerre mondiale. Il faisait partie des 55 165 militaires du Corps expéditionnaire portugais. Âgé de seulement 19 ans quand il a été fauché.

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Avec son épouse Élise Beaugrand, le grand-pèreen uniforme José Maria de Gouveia Ferreira peu avant son départ vers les lignes ennemies. Photo centenaire gracieusement fournie à LusoPresse par Axelle de Gouveia (France).

Y'a longtemps, le petit-fils Claude a tenté d’en savoir plus long en interrogeant sa grand-mère, mais «elle est demeurée distante» sur son homme, a-t-il observé. D'après ses calculs, elle en est tombée enceinte à l»âge de 17 ans. Son paternel n'a pas été tellement bavard non plus, évoquant même la vague possibilité qu’il ait survécu à la guerre. Parti sans laisser d'adresse au Brésil? Peut-être, mais encore là, rien de précis. Rien non plus du côté de Moncorvo où Claude a écrit (en français) une seule lettre -- restée sans réponse.

Le Corps expéditionnaire

Que savons-nous sur Torre de Moncorvo? Dans le passé, cette vila de la sous-région du Douro a été un centre d’activités juives. À cause de persécutions à Vila Nova de Foz Coa, plusieurs nouveaux chrétiens se sont réfugiés à Moncorvo et formaient encore une communauté distincte en 1917, selon une source encyclopédique. En économie, ses riches gisements lui ont conféré le titre de «capitale du fer». Pour des recherches généalogiques approfondies, il faudrait enquêter dans toutes les archives de ses 17 paroisses/freguesias.

L'existence du fameux Corpo Expedicionário Português (CEP) n’a rien du mystère, selon une autre recherche rapide. Ils furent 55 165 braves à aller prêter main-forte aux poilus français en 1916. L'Écho du Pas-de-Calais (2008) a cité ces chiffres: 2 160 hommes y perdirent la vie, 5 224 furent blessés et 6 678 prisonniers des Allemands. Marie-Claire Muñoz (2009) ajoute le chiffre de «13 000 travailleurs civils dans l’industrie et l’agriculture». Elle poursuit: «Le premier contingent du CEP débarque à Brest le 2 février 1917 et rejoint le front des Flandres où il vient renforcer le dispositif allié.» Digne de mention, la bataille de La Lys fut désastreuse pour les troupes du général Gomes da Costa.

Des associations, des chercheurs des deux pays et des passionnés de généalogie continuent de creuser dans la mémoire collective. Les descendants de ces combattants en entretiennent le souvenir grâce au monument de La Couture, de la chapelle de Notre-Dame de Fatima et de cimetières comme celui de Richebourg-L’Avoué. Claude de Gouveia a lui-même parcouru tous les lieux de sépulture du Nord de la France à la recherche de son ancêtre.

LusoPresse lance un appel à tous les férus d'histoire qui peuvent aider notre ami Claude dans son enquête.

Reportagem
Si vous montez pedibus sur le boulevard Saint-Laurent (en approchant Saint-Viateur), vous apercevrez, à la porte du magasin Olam, le nom Claude de Gouveia. Patronyme purement portugais! Un onctueux espresso vous y attend: não amargo! Mais surtout des meubles de toutes couleurs. «Olam, décoration intérieure.»
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